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Barthe Yannick (2006), Le pouvoir d’indécision. La mise en politique des déchets nucléaires, Economica, Paris.

mars 18, 2009

Note de lecture :

Barthe Yannick (2006), Le pouvoir d’indécision. La mise en politique des déchets nucléaires, Economica, Paris.

Introduction

« les déchets nucléaires ne sont pas seulement des matières dangereuses dont il faudrait se protéger pour des millier d’année. Se sont aussi des problèmes politiques » (p.1)

« Mais si les déchets nucléaires peuvent aisément recevoir la qualification de problèmes politiques c’est aussi, surtout peut-être, en raison du traitement particulier dont ils font l’objet de la part des autorités publiques. Les plus dangereux d’entre eux, (…), ont donné naissance à une loi en 1991 ? La première en France dans ce secteur. Signe tangible d’une prise en charge directe du problème par les instances politiques, cette loi traduit un changement de mode de gouvernement dans ce domaine. » (p.1)

Ce livre trouve son origine dans une question simple : comment un dossier jugé « purement technique » peut-il soudain de voir reconnaitre le statut de « véritable problème de société appelant une solution d’ordre politique » ? (p.2)


« Beaucoup d’auteurs se sont attacher à décrire ce type de changements » (p.2) (étude des risques sanitaire ou environnementaux, étude des nouveaux processus de décision, étude des nouveaux régimes de production de connaissance)

« Pour libérer l’analyse du corset des approches globalisante, le plus simple est encore de s’en tenir à l’histoire d’un problème particulier pour y camper délibérément le propos » (p. 3)

« De fait, à la fin des années 1980, la plupart des experts considèrent qu’il n’y a en réalité qu’une seule manière de traiter ce type de résidus : les enfouir dans des couches géologiques profondes. Cette solution prônée par la plupart des organismes internationaux et mise à l’étude dans de nombreux pays, fait figure de solution optimale, voire de solution nécessaire et incontournable ; elle se présente sous les traits de ce que nous proposerons d’appeler ici une irréversibilité technique, c’est-à-dire comme le produit de choix antérieurs sur lesquels il paraît impossible de revenir et qui ont par ailleurs contribué à déterminer les choix futurs. » (p. 5) (…) « Les conflits se cristallisent autour d’une solution technique – l’enfouissement des déchets – qui semble dépourvue de branches alternatives. Dans ces conditions, on frôle l’abus de langage en parlant de « controverses technologique » pour désigner ces conflits : dès lors que les débats fleurissent sur un terrain déjà bien balisé, où les irréversibilités sont nombreuses et où les solutions et les choix technologiques ne semblent plus pouvoir faire l’objet de la moindre négociation, c’est bien plutôt de controverses « post-technologiques » qu’il faudrait parler ». (p.5) (voir Callon : Pour une sociologie des controverses techniques ».

« Ces dernières remarques engagent à reconsidérer la question que nous nous sommes posée précédemment. Car voici que se dessine une énigme : comment, en effet, un problème peut-il être défini comme un problème appelant une décision alors que la solution pour le traiter semblait incontournable ? Comment un problème peut-il être présenté comme « discutable » alors que plus rien ne semblait pouvoir être discuté. D’un mot : comment les irréversibilités techniques peuvent-elles être « mises en politique » ? (p.6)

« Mais dans les situations de crise ou de dangers émergeants, c’est l’urgence des décisions à prendre et l’absence de savoirs stabilisés sur lesquels s’appuyer qui rend l’exercice du pouvoir périlleux. A l’inverse, dans les situations d’irréversibilité technique, c’est le poids du passé et la réduction de l’espace des choix qui semble supprimer les prises possibles pour l’action politique. Si bien que l’on peut légitimement se poser la question de la forme que peut prendre cette action politique en pareilles circonstances ». (p.7)

Deux questions :

          Il s’agit de comprendre comment une solution technique a pu, aux yeux d’un certain nombre d’acteurs, acquérir ce caractère d’irréversibilité. Il s’agit aussi d’analyser les effets d’un tel processus d’irréversibilisation sur la définition du problème. Voici notre hypothèse : c’est précisément ce processus d’irréversibilisation d’une solution technique qui, dans le cas des déchets nucléaires, a rendu possible une qualification politique du problème et, par voie de conséquence, sa saisie par des instances politiques.

          Un second paradoxe se fait jour : comment, une fois saisie par des instances politiques, le problème des déchets nucléaires peut-il être présenté comme appelant des « décisions » alors qu’il ne semble pas y avoir d’alternatives ? (…) l’approche que nous entendons privilégier dans ce livre est différente. De la même façon que nous aurons fait l’effort de prendre au sérieux le processus d’irréversibilisation, nous allons accorder du crédit à l’idée qu’un processus inverse puisse s’enclencher à travers la mise en politique du problème, et au changement qui peut en résulter. C’est ce processus de réversibilisation qui sera au centre de la seconde partie de ce livre. (p.8)

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